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Pillards (prédateurs) - Enbro

Les explosions de plus en plus vives des prix du gaz et de l’électricité sur les marchés de gros, qui retombent sur tous les consommateurs, montrent qu’un plafonnement des prix n’est plus qu’une illusion. Un fournisseur qui n’est pas producteur ne peut pas se permettre de prendre le risque de livrer à des prix imprévisibles. Les prix de gros de l’électricité à plus de 500 €/MWh sont devenus monnaie courante, notamment en France, et personne n’ose parier un centime sur le fait que nous aurions déjà atteint le plafond. En d’autres termes, le marché de l’électricité est « en feu ». Nous opérons ensemble dans une zone de prix dite du centre-ouest de l’Europe (CWE), où les marchés sont liés les uns aux autres et mènent à un prix unique pour toute la zone tarifaire. C’est la théorie, mais la pratique montre aujourd’hui que les marchés sont de plus en plus découplés et que différents prix sont établis dans la zone CWE.

 

 

À partir de l’application « Electricity Maps », nous avons constaté le vendredi 12/08/2022 à 12 h [1]que la production des centrales nucléaires et du solaire belges était largement suffisante pour couvrir les besoins belges, mais nous exportons aussi beaucoup vers la France et l’Allemagne, de sorte que des centrales au gaz étaient également opérationnelles, ce qui fait fonctionner le système de marginal pricing à la gloire des producteurs comme jamais auparavant (voir NOTE ci-dessous). Nous exportons vers la France et on ne peut pas y changer grand-chose car nous importions beaucoup de France par le passé. Le fonctionnement du marché intérieur européen sous son meilleur jour, du moins en théorie.

 

Le résultat est que les prix de l’électricité se forment autour de 500 €/MWh et plus, et que, de ce fait, tout rapport avec le coût réel et surtout avec le coût marginal des moyens de production individuels de l’offre a complètement disparu. Le coût marginal de l’énergie solaire est pratiquement nul et le coût marginal du nucléaire, frais d’injection inclus, est inférieur à 10 €/MWh. En d’autres termes, il y a une déconnexion systémique complète entre les prix et les coûts sous-jacents. Si le fournisseur X passait une commande auprès du producteur Y et lui demandait simplement son prix, le producteur Y oserait-il réclamer avec autant d’aplomb un prix relevant du fantasme ? Non, laissons donc simplement tomber la plateforme de prix, appelée bourse, et revenons aux méthodes pratiquées avant l’ère de la bourse. Une flambée financière plus grande qu’aujourd’hui sur la bourse de l’énergie est difficilement envisageable.

 

Ce n’est pas tout. Aujourd’hui, les réserves de gaz sont constituées pour survivre à l’hiver. Ces stocks sont constitués à des prix improbables de l’ordre de 150 à 200 €/MWh. Ces stocks seront libérés en hiver pour produire (entre autres) de l’électricité au prix prévisible d’environ 350-500 €/MWh (150-200 x 2,5). L’euphorie sur la plateforme des prix durera donc encore au moins quelques mois.

 

Les promoteurs d’énergies renouvelables (et nous le sommes tous) doivent comprendre que l’activation d’une seule centrale au gaz dans la zone de prix donne lieu à des prix exorbitants qui n’ont plus rien à voir avec l’énergie solaire, éolienne et nucléaire bon marché ! Une raison de plus pour abandonner le système actuel de tarification. Et plus cette zone de prix est grande, plus le dommage causé par le système est important.

 

Pire encore, l’analyse de cette situation qui consiste à s’assurer que l’accumulation des moyens de production permet d’aligner l’offre sur la demande, n’est contrôlée par personne. Aucun organisme n’est chargé du contrôle et de la justification de l’empilement des centrales. Il ne s’agit pas d’une simple réflexion théorique quand on a pu constater, à partir de la même application, qu’un parc d’éoliennes de plus de 5 GW n’a été déployé que pour 0,5 GW de puissance, alors que des centrales au gaz ont été déployées, peut-être plus que nécessaire, et alors que les éoliennes ont à peine été utilisées dans l’accumulation de « moyens de production ». Le système de tarification marginal subirait un préjudice excessif pour les producteurs intéressés en cas d’utilisation accrue des éoliennes, ce qui entraînerait une chute des prix du marché.

 

Avec les pratiques actuelles, le consommateur continuera d’être plumé tandis qu’un tsunami de factures impayables s’annonce, notamment et surtout pour les PME.

 

En France, une multinationale pétrolière a spontanément annoncé une remise symbolique de 20 centimes par litre à la pompe après avoir fait état d’une hausse de plusieurs milliards de bénéfices par rapport aux années précédentes. En Allemagne, seuls les contrats de fourniture d’électricité sont conclus à 700 €/MWh et plus. Le Saoudien Aramco fait état d’un bénéfice record au dernier trimestre de 48 milliards de dollars. Se pourrait-il que les gilets jaunes doivent revenir en novembre-décembre prochain ?

 

Intervenir après la formation des prix et des bénéfices par le biais d’une taxe sur les bénéfices excédentaires n’est pas une option car elle arrive trop tard et ne change pas la racine du problème, à savoir le système de tarification défaillant. Il est urgent d’intervenir sur la formation des prix elle-même et sur le contrôle de l’accumulation des moyens de production, et les prix maximums éviteront une révolution sociale.

 

La concurrence entre les technologies a des effets secondaires inattendus et incalculables et nécessite une révision urgente de la politique des prix.

 

Note :

Pour répondre à la demande, les moyens de production sont « empilés » du côté de l’offre jusqu’à ce que l’offre soit suffisante pour répondre à la demande. Les moyens de production présentant les coûts variables les plus faibles (coûts marginaux) sont d’abord utilisés, puis les plus chers jusqu’à ce que l’offre soit suffisante. Le prix est alors constitué par le coût marginal de la centrale marginale, le dernier coût et donc le plus cher parmi toutes les centrales mises en service. Dans la pratique, la centrale au gaz est généralement la dernière à être utilisée, de sorte que le coût variable (= le coût du gaz) de la centrale au gaz détermine de facto aussi le prix du marché. Au sein du groupe des centrales au gaz également, il y a des prix plus bas et plus élevés, de sorte qu’il est possible que les centrales au gaz les plus modernes réalisent également des bénéfices supplémentaires en utilisant des centrales au gaz plus anciennes, moins efficaces et donc plus chères.

 

L’expérience m’a appris qu’en plus (du prix théorique décrit ci-dessus), une marge de 10 €/MWh et plus est réalisée.

[1] Un exemple encore plus extrême s’est produit le 15/08 à 14 h avec 3 GW de gaz alors que, là aussi, la production nucléaire et solaire dépassait largement la charge.