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Le système énergétique va-t-il imploser ? – Guido Camps - Enbro

Le CEO d’ENBRO, Luc De Meyere, me parle de la situation tendue sur le marché de l’électricité entre les fournisseurs et les clients. Luc est le point de contact pour 60.000 PME et 50.000 clients particuliers et il est en outre coactionnaire de bureaux d’énergie en Allemagne et en France. Il ne s’exprime donc pas depuis un laboratoire, mais depuis le terrain. De plus, ENBRO est le premier courtier en énergie d’Europe occidentale.


Avec l’explosion actuelle des prix de l’électricité et du gaz, les fournisseurs sont confrontés à des montants de facture qui sont un multiple des montants facturés antérieurement, ce qui pose de nombreux problèmes de paiement à de nombreux particuliers et entreprises. Le fournisseur lui-même doit payer ses achats à court terme et a dû fournir des garanties exorbitantes à ses fournisseurs. Pour assurer ses créances, il fait appel à des compagnies d’assurance-crédit qui se montrent, à leur tour, réticentes à l’idée de relever les montants assurés et qui augmentent donc aussi leurs primes.


De leur côté, les clients sont donc confrontés à des factures et acomptes beaucoup plus élevés, que les fournisseurs préfèrent augmenter le plus possible afin de ne pas devoir eux-mêmes endosser le rôle de banquier. Les clients craignent toutefois la faillite de leur fournisseur, comme ce fut le cas de Vlaamse Energieleverancier il y a quelques mois. En cas de faillite, la compensation des acomptes payés est compromise et il n’est pas certain que la totalité de tous les acomptes soit portée au compte des clients.

On peut dire, en exagérant, que le fournisseur et le client s’affrontent à couteaux tirés, tous deux animés d’un souci légitime.


La relation entre le fournisseur et le client a radicalement changé. Avant l’explosion des prix, les fournisseurs étaient à la recherche de clients. Aujourd’hui, la situation est totalement inversée et ce sont les clients qui doivent trouver un fournisseur, par exemple s’ils sont débarqués à cause d’un paiement tardif. Une telle situation était impensable ! La rentabilité (faire des bénéfices) et la liquidité (encaisser les bénéfices) sont deux choses totalement différentes mais très complémentaires.


Un deuxième aspect met sérieusement sous pression le fonctionnement du modèle de marché actuel : la cupidité, the greed, des producteurs et, dans les coulisses, de certains traders. La cupidité des producteurs est beaucoup plus grande que ce que décrivent les médias en général : les médias parlent de bénéfices gigantesques pour les producteurs d’énergie nucléaire, éolienne et solaire, mais ils oublient de mentionner les centrales au lignite et au charbon qui génèrent également des bénéfices plantureux avec les prix de gros vertigineux pratiqués actuellement sur le marché de l’électricité. Le coût de production d’un MWh d’électricité avec du lignite ou du charbon est du même ordre de grandeur qu’avec l’énergie nucléaire, y compris le coût des émissions de CO2.


Enfin, il y a les centrales au gaz qui passent devant les caisses avec la même voracité. Comme expliqué dans mon article précédent, les centrales au gaz déterminent le prix final du marché de l’électricité. En théorie, les centrales au gaz les moins coûteuses et donc les plus rentables sont proposées en premier lieu, ensuite seulement les plus chères, ce qui couvre uniquement les coûts et ne génère aucun bénéfice en théorie. Dans la pratique, il s’avère toutefois que les producteurs d’électricité disposant de centrales au gaz dans leur portefeuille n’utilisent pas nécessairement les centrales les plus rentables et qu’au contraire, ils n’affectent pas leur gaz à la production d’électricité mais ils le revendent et utilisent (font exploiter) des centrales au gaz plus chères pour produire de l’électricité, réalisant ainsi un double bénéfice : d’une part, par la vente de gaz acheté à l’époque via des contrats à long terme bon (ou meilleur) marché et, d’autre part, par l’augmentation artificielle du prix de l’électricité. Les experts en énergie qui agissent et réfléchissent depuis leur laboratoire universitaire ou leur tunnel d’étude se trompent cruellement dans la différence entre la théorie et la pratique. Comme je l’ai déjà dit dans mon article précédent, un contrôle de l’empilement des centrales, la détermination du système appelé merit order, est une exigence absolue si l’on veut malgré tout conserver le système actuel pay-as-clear. Mais, objecteront les pirates, peut-on forcer quelqu’un à lancer une centrale ?


Les bénéfices excédentaires des centrales au gaz ont été décrits par le journaliste de la VRT Luc Pauwels, sur la base d’un rapport de la CREG, dans le Journal de la VRT. Excellent travail ! Il est donc regrettable de constater que, lors de débats ultérieurs à la VRT (p. ex. De afspraak le vendredi), il apparaît que les collègues de Luc Pauwels ne prennent pas note de cette importante nouvelle.


Sans oublier le prix inutile des quotas d’émission de CO2 qui rend l’électricité encore plus chère qu’elle ne l’est déjà. Même avec une baisse de 100 €/tonne à 70 €/tonne, le prix du CO2 ajoute toujours 35 €/MWh au prix de l’électricité. Le prix des émissions de CO2 a été créé pour augmenter le prix ou le coût de l’électricité afin de réduire la demande ou pour rendre les sources d’énergie alternatives ou les investissements plus attractifs ; cet objectif a été largement atteint sans le coût du CO2. Le refus de corriger cette anomalie témoigne d’une obstination idéologique.