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Encore un peu de patience - Enbro

La grande nouvelle avant les vacances a sans doute été l’accord du gouvernement fédéral avec Engie sur la prolongation de dix ans de la durée de vie de Doel 4 et Tihange 3, mais il est d’ores et déjà envisagé une prolongation supplémentaire de dix ans d’ici 2036 ; pourquoi pas ?

 

Transparence

 

L’État belge s’engagera avec Engie dans une SPV (une société de projet spéciale) pour encadrer l’exploitation des deux réacteurs nucléaires et gérer les déchets nucléaires. Le grand avantage d’une telle construction est qu’elle est en principe très transparente et le Premier ministre promet d’ores et déjà des notes supplémentaires (plus de 100 pages) pour clarifier les choses. Il faudra le faire pour en communiquer clairement le fonctionnement et la gestion au monde extérieur et il faut espérer que l’ancien secret qui entourait systématiquement la Pax Electrica sera enterré et que la ministre écolo pourra réaliser au moins un souhait : une communication transparente sur les accords conclus.



41 milliards d’euros


 

À plusieurs reprises, l’actuelle ministre écolo a déclaré dans les médias que la facture totale pour la gestion (stockage) des déchets nucléaires actuels s’élevait à 41 milliards d’euros. Nous pourrons donc clairement déterminer combien de ces 41 milliards d’euros seront repris dans l’accord avec Engie.



Le raisonnement est que le coût total s’élève à 41 milliards d’euros, tous les coûts pris en compte depuis le stockage jusqu’à la fin de la contamination nucléaire et que ces coûts, actualisés à ce jour, s’élèvent à environ 13-14 milliards, montant qui est actuellement prévu comme Provision chez les producteurs nucléaires. On en sait très peu sur l’évolution de ces coûts de stockage (ex. inflation des coûts de maintenance) et sur le taux d’actualisation utilisé pour calculer le coût actuel (de 41 à 13 milliards d’euros). On en sait encore moins sur la cohérence des produits d’intérêts (inversement de 13 à 41 milliards d’euros) avec l’évolution des dépenses de trésorerie. Si cette cohérence n’est pas 100 % identique, ce qui est très douteux, les hypothèses sont caduques.



Je pense que beaucoup de milliards passeront sous la barre de la ministre écolo. Le fait que l’on n’ait même pas encore déterminé si les déchets nucléaires seront stockés en surface ou en sous-sol à 100 ou 400 mètres de profondeur amène à penser que de nombreuses hypothèses et des milliards pourront encore être déplacés et escamotés avant que l’on fixe enfin combien le pollueur devra payer pour gérer sa pollution et qui en assumera la responsabilité opérationnelle. Je ne serais pas surpris qu’Engie reporte à la fois le coût de sa pollution et sa responsabilité opérationnelle sur les autorités avec un montant flou, mais beaucoup trop faible.



En Allemagne, on a déjà constaté qu’un enfouissement imprudent provoquait une contamination des eaux souterraines et nécessitait le retrait des déchets nucléaires vers la surface, entraînant une facture d’environ 4 milliards d’euros. Uniquement pour le retrait vers la surface.



Par ailleurs, en Allemagne, le secteur de l’énergie a transféré l’intégralité du coût de la gestion des déchets nucléaires aux autorités allemandes, après négociations, mais il a ainsi échappé à l’entière responsabilité du stockage et de la gestion des déchets nucléaires. Cette pratique allemande a sans doute contribué aux idées et aux exigences d’Engie. En Allemagne, les producteurs d’énergie nucléaire ont payé environ 23,3 milliards d’euros[1] et leur production représentait environ 3,3 fois la production des producteurs d’énergie nucléaire belges. Tout cela conduit à une prime de rachat belge d’environ 23,3/3,3 = 7,1 milliards d’euros.



Nous abordons une période passionnante et ceux qui pensent qu’il y a déjà beaucoup de transparence se trompent. The proof of the pudding is in the eating, et nous saurons à quoi nous en tenir, disent les responsables politiques, d’ici fin 2022. Encore un peu de patience donc. Le fiasco écolo sera total.



Ce qui vaut pour 2 réacteurs nucléaires vaut aussi pour 7 réacteurs ?

 

Aujourd’hui, le Premier ministre justifie la prolongation de la durée de vie de 2 réacteurs nucléaires, les plus récents, mais ce sont bien Doel 1 et 2 et Tihange 1 qui ont été rénovés en profondeur récemment. Aucun journaliste ne pose la question de savoir si ces arguments en faveur de la prolongation ne s’appliqueraient pas aux autres réacteurs nucléaires. Cela ne pourrait qu’améliorer l’approvisionnement énergétique et stimuler la combinaison des énergies renouvelables et de l’énergie nucléaire pour atteindre les objectifs en matière de CO2.



En Allemagne, le ministre des Finances a lancé l’idée d’interdire l’utilisation du gaz pour produire de l’électricité. La fermeture prévue des réacteurs nucléaires y serait reportée de quelques mois. Ici aussi, les perspectives mûrissent.



[1] World Nuclear News: Proposal for financing German nuclear phase-out, 28 avril 2016. Selon le KENFO (Fonds zur Finanzierung der kerntechnischen Entsorgung), il s’agit de 24,1 milliards d’euros. Au passage, car sortant du cadre de cette note, les coûts de démantèlement sont estimés à 1,2 milliard d’euros par centrale en Allemagne.