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Conséquences sur la sécurité d’approvisionnement - Enbro

En Europe, l’arrêt de dizaines de centrales à charbon très polluantes est programmé pour les prochaines années en vertu des accords de Paris et pour d’autres raisons écologiques (directive de l’UE sur la qualité de l’air). Pour la Belgique, il serait par conséquent très risqué de tabler sur l’importation de grandes quantités d’électricité après la sortie du nucléaire. Tant le gestionnaire du réseau de transport Elia que le régulateur flamand VREG reconnaissent la nécessité d’une importation d’énergie considérable, à hauteur de 25 % en moyenne sur une année entière !

 

Pour remplacer les centrales nucléaires (qui représentent la moitié de la capacité de production belge !), le gouvernement compte, outre une importante importation d’énergie, sur cinq nouvelles centrales au gaz. La demande d’autorisation de Luminus pour une nouvelle centrale au gaz à Gand a soulevé une vague de protestation dans la population locale qui y voit « une catastrophe climatique, socialement injuste et antidémocratique ». Ces réactions montrent que la construction des nouvelles centrales au gaz nécessaires devient difficile.

Lorsqu’il n’y a ni vent ni soleil pendant le pic de demande hivernal et que ces conditions s’accompagnent d’une vague de froid en France (où le chauffage domestique est majoritairement assuré par des appareils électriques) et sachant que la capacité d’interconnexion avec l’étranger est fluctuante et non garantie en période de pénurie, il n’est pas impossible que la capacité d’interconnexion depuis la France se trouve drastiquement réduite. En raison d’un scénario similaire, le prix de l’électricité a ainsi culminé le 7 décembre dernier à un peu moins de 2500 €/MWh, soit cinquante fois le prix habituel.

Même le père de la loi sur la sortie du nucléaire – Olivier Deleuze (Écolo) – n’avait pas voulu ça. En 2003, il déclarait devant le Parlement : « Il ne peut en aucun cas y avoir de dépendance structurelle de l’étranger en matière de production d’électricité ».

Le contraste ne saurait être plus criant. L’électricité chère, c’est grave, pas d’électricité, c’est une catastrophe !

 

Incidence financière

 

L’énergie éolienne dite bon marché en provenance du Danemark ou des pays baltes sera proposée ici au prix du marché. En l’absence de centrales nucléaires, ce prix du marché résultera principalement du coût des centrales à gaz qui devront tenir compte de la forte hausse des prix des quotas d’émission (actuellement déjà 40 €/tonne). Il est raisonnable d’anticiper que le futur prix du marché oscillera autour de 70 €/MWh contre 40-50 €/MWh actuellement. Pour une consommation de 90 TWh par an, ce tarif représente un surcoût d’environ 1,8 Mrd €/an.

Malgré la chute vertigineuse du coût des énergies renouvelables, la vérité aujourd’hui en Belgique est que la somme du coût des subventions pour l’éolien en mer et du prix de gros est largement supérieure au prix garanti indexé de la nouvelle centrale nucléaire d’Hinkley Point près de Londres.

Le montant total des subventions pour l’éolien en mer s’élève à environ 720 millions d’euros en 2021 et augmentera encore, voire doublera, du fait de l’extension des parcs éoliens en mer du Nord.

 

 Conséquences écologiques

 

Le remplacement des centrales nucléaires – qui n’émettent pas de CO2 – par des centrales au gaz occasionne en Belgique un surcroît d’émissions annuelles de CO2 de plusieurs millions de tonnes ; le régime d’échange de droits d’émission ne change rien à cette donnée. Il est permis d’affirmer grosso modo que les émissions de CO2 du secteur de l’électricité seront multipliées par deux. Économiser une quantité équivalente de CO2 nécessitera d’investir à nouveau des sommes colossales. Un effort du même ordre que celui à fournir pour décarboner la moitié du trafic de voitures particulières.

Outre les émissions de CO2, les centrales au gaz émettent également des oxydes d’azote (NOx) qui, avec une certitude scientifique, sont responsables de décès prématurés supplémentaires. Ce fait doit être mis en regard du très faible risque d’accident nucléaire majeur.

La captation des émissions de CO2 des centrales au gaz est théoriquement possible, mais n’est encore appliquée nulle part en Europe dans la pratique. Selon les estimations, la collecte, le transport et le stockage du CO2 produit engendreraient un surcoût de plusieurs milliards par an, puisqu’il nous incombe de toute façon de nous débarrasser d’une manière ou d’une autre des énormes quantités de CO2 !

Il est stupéfiant d’entendre les mêmes qui plaident pour la construction de centrales au gaz, affirmer dans la foulée qu’il faut « décarboner ». Il y a là de leur part un certain manque de crédibilité.

De nouvelles subventions seront nécessaires

 

Entre-temps, il est clair que les nouvelles centrales à gaz ne seront construites que si les investisseurs reçoivent des subventions suffisantes. Le montant de ces subventions dépendra de l’évolution de plusieurs paramètres (le prix du marché de l’électricité produite, la durée, la concurrence, les prix du CO2, la valeur des résidus, les quantités…) dont l’évolution est aujourd’hui impossible à prévoir. Le montant des subventions à payer par le contribuable belge est finalement une pure supposition.

Selon la Ministre Flamande de l’Énergie Zuhal Demir, la Flandre a déjà octroyé 30 milliards d’euros de subsides pour les énergies renouvelables, dont une partie reste à payer. Faut-il ajouter à la débâcle des subventions des panneaux solaires et des éoliennes celle des centrales à gaz ? Outre les subsides fédéraux, la Flandre dépense déjà 1 milliard d’euros par an en certificats d’aide.

Enfin, faut-il que nous ayons à ce point perdu tout sens commun pour que nous nous apprêtions à subventionner les émissions de CO2 alors qu’elles devraient au contraire être sanctionnées pour des raisons écologiques ?